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Auxilia, cent ans d'engagement
L’année du cinquantenaire d’Auxilia a été marquée par un double deuil avec les décès de la présidente depuis toujours, Marguerite Pélecier, puis de celle qui a, également depuis les débuts, œuvré dans son ombre, Madeleine Lebécel. Pour autant, l’association n’a rien perdu de sa dynamique et sa volonté d’agir toujours au plus près de personnes marginalisées et vulnérables. Son organisation et ses fondations solides que sont ses valeurs humanistes ont permis que perdure et se développe l’activité, souvent contre vents et marées. Un siècle après l’initiative de Marguerite Rivard, l’association est forte d’une soixantaine de salariés, plus de quatre cents adhérents et quelque 700 bénévoles actifs pour, sur l’ensemble de ses trois branches d’activité, plus de 3000 bénéficiaires.
1977-1981 — La perpétuelle quête de moyens
Roger Dumaine, qui a pris la succession de Marguerite Pélecier, est le deuxième président d’Auxilia. Il peut se féliciter de voir l’association obtenir une habilitation pour recevoir directement des employeurs des « subventions exonératoires de la taxe d’apprentissage » due par eux. Mais se voir distinguée par l’Académie d’Education et d’Entraides sociales « pour son œuvre éducative et sociale » n’y change rien. Les difficultés financières demeurent, le bilan 1977 affichant un déficit de 110 000 Francs. Tout est tenté pour les surmonter. La vente de bienfaisance devient annuelle, une collecte de timbres oblitérés, ensuite vendus à des collectionneurs, est lancée.
Mais l’esprit d’entreprise demeure et, alors qu’il fête ses 30 ans d’activité, le CRP de Levallois s’agrandit.
1982-1987 — Les années de transformation
Les années 1980 sont celles d'une profonde remise en question et d'une nécessaire adaptation. En 1982, Auxilia inaugure son nouveau siège à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), financé notamment par trois legs et de multiples dons et prêts de quelque 450 membres de l'association — preuve, une fois de plus, de la mobilisation extraordinaire que l'association sait susciter chez ses bénévoles. En 1983, Jean Barbaud succède à Roger Dumaine à la présidence et lance une large réflexion pour établir une « définition actualisée de la politique d'Auxilia », dont les effectifs ont baissé de moitié en dix ans. Le « tournant », comme le titre le bulletin, est nécessaire. Les années qui suivent voient l'association s'interroger sur ses priorités, son modèle économique, son public cible.
En octobre 1984, Auxilia Suisse rejoint la « communauté internationale » Auxilia.
1988 - Mobilisation pour « une justice plus humaine et plus efficace »
En 1988, Auxilia franchit un cap supplémentaire dans son engagement en faveur des personnes détenues. L'association signe, avec sept autres organisations, une lettre aux parlementaires dénonçant des conditions carcérales indignes, des prisons surpeuplées, un budget de la justice insuffisant. « On n'obtiendra pas une meilleure sécurité dans nos villes par le seul renforcement de la répression et de l'isolement », affirme le texte, réclamant « une justice plus humaine et plus efficace ». Auxilia prend position, clairement et publiquement, sur les grandes questions de société qui touchent ses bénéficiaires. La même année, le bulletin se dote d'un nouvel emblème et d'une nouvelle devise : « Formation et amitié : une nouvelle chance. »
1989-1993 – Le long combat du CRP à Levallois, …
L’avenir du CRP à Levallois préoccupe les dirigeants d’Auxilia : un projet municipal le menace, sans qu’émerge une issue pour trouver une nouvelle implantation. La menace d’expropriation par la mairie de Levallois se concrétise. Auxilia attend de la municipalité un effort pour l’aider au relogement du centre, l’établissement assurant « une mission d’intérêt public et étant le seul dans le quart nord-ouest de la région parisienne ». Sans réponse, malgré un soutien de la Direction régionale du travail et de l’Agefiph. Le Conseil d’administration d’Auxilia demande très solennellement que soit assurés au CRP les moyens de poursuivre son action de réinsertion professionnelle des personnes handicapées. Mais des travaux autour du centre sont engagés par la Ville, générant de fortes nuisances pour les stagiaires et professionnels du CRP, de plus en plus menacé. Enfin, alors que la municipalité de Levallois reste intransigeante, une voie se fait jour à Nanterre, où de nouveaux locaux, au 31 rue des Champs-Pierreux, conviendraient. Cela passe par un emprunt de 15 millions de francs sur 20 ans et l’appui de la Ddass qui alloue 1,65 million de francs de financement complémentaire. En mai 1993, le CRP investit ses nouveaux locaux nanterriens, appréciés par les stagiaires comme par les salariés désormais représentés par des délégués du personnel. Un an plus tard, après d’âpres négociations, l’immeuble de Levallois est cédé à la ville pour 3,85 millions de francs. Une page a été tournée après plus de quarante ans dans ces locaux. Ces années difficiles sont aussi celles d'une résilience remarquable : à chaque obstacle, Auxilia trouve une solution, mobilise ses réseaux, réinvente son modèle sans jamais trahir ses valeurs fondatrices.
… la reconnaissance réaffirmée de l’EAD par l’Administration pénitentiaire, …
Du côté de l’EAD, le bénévolat ne suffit plus pour assurer le fonctionnement administratif quotidien. Il faut une équipe salariée plus étoffée. Mais les moyens financiers manquent toujours, alors que, dans le cadre du « plan 13 000 », de construction d’autant de places de prison, le directeur régional de l’Administration pénitentiaire à Marseille réunit divers acteurs socio-éducatifs dont Auxilia, l’ANVP, le Genepi, le Courrier de Bovet, les aumôniers, pour définir ensemble un cadre d’intervention. C’est finalement la prison de Villefranche-sur-Saône (Rhône) qui est choisie comme établissement pilote pour expérimenter les pratiques avant de les étendre. A l’issue de cette concertation, l’Administration pénitentiaire signe une convention avec Auxilia, pour formaliser les conditions d’intervention. Une subvention de fonctionnement est envisagée, sans suite immédiate.
On constate une hausse du niveau scolaire des personnes détenues et des demandes de plus en plus nombreuses pour préparer BEP ou BTS. Un projet est à l’étude pour créer une base de données à l’intention des professeurs qui pourraient s’y connecter par ordinateur et liaison téléphonique.
… et les projets multiples du CHRS
La création d’un Centre d’aide à l’insertion pour les femmes accueillies au Foyer de Bourg-la-Reine et d’un accueil des enfants des femmes hébergées est étudiée, idée finalement abandonnée faute de moyens financiers. Pour que les femmes hébergées aient droit à l’Aide personnalisée au logement (APL), la directrice du CHRS propose de transformer les chambres collectives en 20 chambres individuelles qui donneront aux femmes hébergées le droit à l’APL. Là encore, l’écueil financier sera trop gros pour concrétiser ce projet. Pas de quoi freiner la dynamique du CHRS où les activités se multiplient. Au-delà de l’hébergement, des formations à la vie sociale, économique et civique, des cours ou ateliers (couture, musique…) avec des intervenants bénévoles sont mis en place. Une aide à la recherche d’emplois est ouverte, y compris pour des personnes extérieures. Mais des menaces pèsent toujours sur les financements.
1994 - 2000 — Les défis de la décentralisation et les mutations du paysage associatif
Les années 1990 apportent leur lot de défis. La décentralisation génère une multiplicité d'interlocuteurs institutionnels, complexifiant les relations avec les pouvoirs publics. L'enseignement et le handicap ne sont plus des priorités affichées et Auxilia doit repositionner son discours : l'association se présente désormais comme œuvrant à la réinsertion sociale et à la lutte contre l'exclusion. Il faut solliciter une nouvelle source de financements : le mécénat. Avec AXA à tout cœur, une première possibilité se profile. Un contact est pris avec la Fondation Agir contre l’exclusion créée par Martine Aubry. Les fonds reçus au titre de la taxe d’apprentissage assurent une année confortable pour l’enseignement à distance. Mais au-delà, rien n’est assuré.
Petite éclaircie pour le CHRS qui obtient les moyens d’une profonde rénovation, en 1998, avec d’indispensables mises aux normes en matière de sécurité, mais aussi pour l’électricité et le chauffage.
2001-2007 — L'EAD se structure pour mieux rayonner
Au tournant des années 2000, l’EAD engage un double mouvement : celui de l’ancrage territorial et celui du partenariat institutionnel. En lien avec l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) et plusieurs associations spécialisées — Solidarités nouvelles face au chômage, l'Association des paralysés de France —, Auxilia ouvre une réflexion sur le retour à l'emploi et la nécessité d'un accompagnement prenant en compte à la fois la situation sociale des personnes et les réalités du marché du travail. C'est une conviction forgée par des décennies de présence sur le terrain. Savoir lire et écrire ne suffit pas. Savoir se présenter, comprendre une offre d'emploi, naviguer dans les méandres administratifs : tout cela s'apprend aussi, et Auxilia entend bien en être l'un des enseignants.
En 2005, l'association crée son site internet — outil de visibilité et de lien entre des bénévoles dispersés sur tout le territoire. La cotisation annuelle est portée à 20 euros, et un débat s'ouvre sur une question de fond : faut-il rendre l'adhésion obligatoire pour tout bénévole ? La décision sera de ne pas l'imposer, mais d'en expliquer le sens — être pleinement membre d'une communauté — en espérant que le message soit entendu. C'est la philosophie d'Auxilia : convaincre plutôt que contraindre.
En 2007, l'EAD franchit une étape structurante en se dotant de cinq « Auxilia régionaux » : Méditerranée, Alsace, Rhône-Alpes, Île-de-France et Nord.
Par ailleurs, une analyse des coûts révèle que chaque apprenant génère un coût annuel pour Auxilia de 105 euros — à comparer aux plus de 1 000 euros que coûterait un enseignement équivalent en milieu ordinaire. Dix fois moins cher pour un impact humain inestimable : la pertinence du modèle économique du bénévolat organisé est très clairement démontrée.
2010-2011 — La grande réflexion stratégique
En 2010, Auxilia entame une réflexion stratégique. La question est posée sans détour : faut-il se centrer exclusivement sur l'enseignement à distance (EAD) et fermer ou transférer à d’autres structures le CRP et le CHRS ? Maintenir l'existant ? Développer de nouvelles réponses aux besoins émergents ? En 2011, à une très large majorité, le Conseil d'administration choisit la voie du développement : continuer à grandir, à innover, à répondre aux besoins de son temps.
Ces années voient aussi l'association faire face à des crises multiples et simultanées : menace
d'expropriation du CRP de Nanterre, difficultés financières récurrentes de l'EAD, tensions au
CHRS, interrogations sur l’avenir du siège à Boulogne-Billancourt. Mais à chaque fois, des
solutions sont trouvées, des partenariats noués, des financements réunis.
2012-2013 — Nanterre, une maison pour demain
2012 est l’année de tous les chantiers. Écriture du projet associatif, informatisation de l'EAD,
réorganisation comptable, collecte de taxe d'apprentissage, évolutions du CHRS, communication :
Auxilia avance sur tous les fronts. Sur un an, quelque 4000 personnes sont accompagnées vers une meilleure insertion grâce à une cinquantaine de salariés et près d’un millier de bénévoles. Le CRP obtient un taux de réussite aux examens de 80 % et un taux d'emploi dans les douze mois de 67 %.
À Lyon, une équipe de bénévoles inaugure une action nouvelle en faveur des étudiants hospitalisés.
Mais c'est sur le plan immobilier que se joue l'avenir. Après des années de négociations avec le propriétaire des locaux du CRP et de recherche de solutions, l'achat de nouveaux locaux à Nanterre au 7 rue des Haras est conclu en 2013 pour un montant total de 7,4 millions d'euros, financés par emprunts, subventions et autofinancement grâce à l'indemnité d'éviction obtenue. Un investissement dans la durée, une affirmation que le CRP — qui sera rejoint au 7 rue des Haras par le
siège et l'EAD en 2016 — a vocation à s'inscrire durablement dans ce territoire.
2014-2018 — Le pôle hébergement-insertion prend corps
Cette période voit aussi la formalisation et le développement du pôle hébergement-insertion (PHI), autour du CHRS de Bourg-la-Reine qui a un taux de remplissage de 100 %. 70 % des femmes accueillies, de plus en plus jeunes, victimes de violences, ayant connu des parcours migratoires complexes, sortent avec une solution de logement ou un retour en famille.
En 2015, Auxilia prend la gestion du point d'accueil de jour (PAJ) et du centre de mise à l'abri (CMA) de Malakoff, cédés par l'association Saint-Raphaël en difficultés. Centre d’hébergement d’urgence, (CHU), centre d’hébergement alternative à l’hôtel (CHU AltHo), Centre d’hébergement et de stabilisation (CHS) complèteront ensuite les dispositifs dans des logements diffus loués à des bailleurs sociaux ou privés. Le CHRS ouvre de nouvelles places en logement diffus et soumet à la Drihl une proposition d’agrandissement de 45 places créées sur le terrain de Bourg-la-Reine. Une nécessité pour répondre à la demande de réduction des coûts de 40 000 € par an sur quatre années consécutives.
En 2015, la situation financière de l'EAD est critique. Malgré une baisse de 25 % des dépenses, un
manque de 250 000 euros — dû notamment à la disparition de la taxe d'apprentissage dans sa
forme antérieure — est couvert par les fonds propres de l'association. Trois salariés sont frappés
par un licenciement économique. C'est une épreuve douloureuse. L’année suivante, le transfert du siège et de l’EAD dans les locaux de Nanterre, bien préparé avec l’équipe du CRP, se passe sans heurts, mais pas sans nostalgie… Alors que l'EAD assure 70 % de l'enseignement à distance en milieu pénitentiaire, il faut construire un nouveau modèle économique en diversifiant ses ressources et en trouvant les financements pluriannuels.
Au CRP, les feux sont au vert. Les cent vingt travailleurs handicapés orientés par les maisons départementales de personnes handicapées (MDPH) reçoivent une formation qualifiante de reconversion d’une durée de 6 à 18 mois. Le taux de réussite est de 90 à 100 %, 60 à 70 % des stagiaires trouvent un emploi dans les six mois suivant leur sortie. L’accent est mis sur la nécessité d’un accompagnement médico-social des stagiaires, remis en cause par l’ARS, qui reconnait pourtant le « retour sur investissement » supérieur à un centre de droit commun, avec un taux d’insertion à un an de 70 %. Le taux de remplissage est légèrement supérieur aux 90 % attendus par l’ARS.
2019-2020 — La crise, le legs et la résilience
L'année 2019 est celle des semences. La Fondation M6 devient partenaire d'Auxilia EAD avec une
dotation de 40 000 euros pour financer des modules sur la recherche d'emploi pour les personnes
sous main de justice, et une expérimentation autour de la mobilité et du code de la route, en lien
avec l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI). D'autres fondations sont sollicitées. Le projet « Dedans-dehors » est conduit avec Justice 2ème Chance (J2C) dans les maisons d’arrêt de Paris La Santé, Nanterre et Villepinte. Il s’agit d’accompagner la personne détenue dans sa globalité, pendant et après la détention.
Le pôle hébergement-insertion compte désormais plus de cent bénéficiaires sur l’ensemble des différents statuts (CHRS, CHU, CHU Altho). La mairie de Bourg-la-Reine est favorable à une extension du CHRS, les places créées entrant dans le quota de logements sociaux. Cela pourrait passer par un bail emphytéotique d’une durée de 60 ans avec un bailleur social. Des denrées alimentaires proches de la date de péremption sont collectées auprès des grandes surfaces pour les personnes hébergées ou inscrites au PAJ. Un projet d’accueil de femmes sortant de prison est à l’étude.
Avec le développement du PHI, l’association passe le cap des 50 salariés, ce qui implique de nouvelles obligations en termes de droit du travail.
2020 : les sanatoriums n'existent plus, mais les épidémies, elles, n'ont pas disparu. En pleine crise du Covid, le CMA de Malakoff rouvre après une rénovation complète. Le CRP (bientôt nommé ESRP, Etablissement et services de réadaptation professionnelle) s'adapte en urgence, met en place le travail à distance, découvre que nombre de stagiaires n'ont ni équipement ni conditions de vie adaptés en dehors d’Auxilia — une réalité qui dit beaucoup sur la profondeur des fragilités auxquelles l'association s'attaque.
L'EAD lance un appel aux dons, puis une pétition pour l'accès au numérique en prison — qui permettra aussi de recruter de nouveaux donateurs ou sympathisants. Et au milieu de cette période sombre, une nouvelle inattendue : un ancien bénévole a légué quelque 170 000 euros à Auxilia. Ni subvention, ni taxe, ni appel à projet : un homme, qui avait été bénévole et avait donné de son temps, a choisi qu’à son décès Auxilia bénéficie d’une partie de son avoir. Une belle illustration de ce que peut être l’engagement à Auxilia, bien au-delà d’un simple bénévolat, aussi altruiste soit-il.
2021 — Un projet associatif actualisé pour clore ce premier siècle d’engagement
A l'issue d'un travail collectif d'une ampleur inédite - une centaine de participants, salariés, bénévoles, bénéficiaires, partenaires, membres de la direction et administrateurs - Auxilia adopte son projet associatif 2021-2025. Cette feuille de route donne une nouvelle impulsion et des orientations fidèles aux valeurs originelles et adaptées aux défis contemporains. Un texte de référence pose un principe, tel un manifeste : « Passer du faire pour au faire avec, afin que demain chaque bénéficiaire puisse faire seul. » L'autonomie, la dignité, la responsabilisation : les valeurs des pionnières de 1926 sont toujours là, reformulées dans un monde où le numérique et de nouvelles formes de précarité se côtoient.
Autre avancée marquante : le lancement effectif d’un projet d'agrandissement et de rénovation du CHRS de Bourg-la-Reine, dont la capacité doit être portée à 62 places en 44 logements. Auxilia s'engage avec le bailleur 3F Résidences pour conduire cette réalisation ambitieuse soutenue par la mairie et destinée à assurer la pérennité de la structure.
Le Projet Victor-Hugo fait se rencontrer des parlementaires ou conseillers régionaux franciliens et des jeunes détenus sur le thème de la citoyenneté. Façon aussi pour Auxilia de plaider, interpeller, convaincre autour de la question pénitentiaire. Par un mécénat de compétence, l’assureur AXA met une de ses salariés au service de l’EAD pour développer le logiciel Phoenix et étendre son l’accès à tous les correspondants de prison et au formateurs bénévoles.
2022-2025 — La maturité institutionnelle et les défis de demain
Les dernières années avant le centenaire sont celles d'une reconnaissance méritée et de défis persistants. En 2022, le CHRS signe son premier contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens (CPOM) avec la Direction régionale interdépartementale de l’hébergement et du logement (Drihl), fixant deux axes stratégiques : favoriser l'accès rapide à un logement ordinaire et optimiser la gestion des ressources. L’activité du Point d’accueil de jour de Malakoff s’élargit avec une ouverture désormais 7 jours sur 7.
A l’issue d’une présélection de 3 cabinets parmi 14 candidats, un concours d’architectes est lancé pour l’agrandissement du CHRS. Le jury réuni par 3F Résidences, auquel participent le président et la directrice d’Auxilia, désigne son lauréat fin 2022. Mais entre exigences réglementaires et rejet par certains riverains, les années passent...
La même année 2022, l'EAD voit sa convention triennale avec la Direction de l'Administration pénitentiaire renouvelée. Elle met l'accent sur le développement du numérique et la formation des bénévoles. Le Fonds de dotation familial Le Chant des Etoiles s'engage sur deux ans pour, ce qui est aussi rare qu’indispensable pour l’EAD, financer du fonctionnement.
En 2023, l'ESRP signe à son tour un CPOM avec l'Agence régionale de santé (ARS), mettant l'accent sur l'ancrage territorial, l'individualisation des parcours et l'insertion en milieu ordinaire. Ces contrats traduisent les engagements que l'association prend librement vis-à-vis des personnes qu'elle forme et accompagne. Huit parcours de formation de 6 à 22 mois sont proposés, et de nouvelles filières - développeur web, gestionnaire paye et travaux comptables - sont créées pour coller aux besoins du marché du travail. Le taux de remplissage atteint 90 %, conforme aux attentes de l'ARS.
En 2023, pour la première fois, les votes de l'Assemblée Générale annuelle sont organisés sur Internet, via la plateforme Balotilo. Un symbole de modernisation sans trahison des valeurs.
L'EAD recrute 80 nouveaux bénévoles et crée un poste dédié à l'animation du réseau. La stratégie mécénat se renforce et cueille ses premiers fruits.
En 2025, l'ESRP fait l'objet d'une évaluation par la Haute Autorité de Santé. Le verdict est clair : forte satisfaction des stagiaires, qui apprécient l'écoute, la bienveillance, l'individualisation de l'accompagnement et la qualité des formations. Les objectifs du CPOM sont massivement atteints. Des difficultés pour amener les stagiaires à s'approprier pleinement leur projet, réussir le passage vers le milieu professionnel ordinaire ; mais elles sont connues, nommées, travaillées.
Côté hébergement, le projet d'agrandissement du CHRS de Bourg-la-Reine, dont le permis de construire a été accordé en février 2024, se heurte à un recours de riverains devant le tribunal administratif. A l’issue de près de deux ans de procédures, Auxilia a gain de cause. Mais entretemps un projet alternatif a vu le jour, entièrement neuf et plus grand et il faut reprendre les études, à commencer par obtenir à nouveau les financements.
Fin 2024, l’EAD compte 740 bénévoles et 2 800 apprenants. En 2025, le pôle reconstruit sa stratégie pour mieux s’assurer d’un réel impact de son action auprès des personnes détenues. Il s’agit notamment d’avoir moins d’engagements de courte durée et de proposer, à l’heure du numérique, aux moins de 30 ans, un appui plus adapté à leur mode d’expression. Déjà dans ce cadre, Auxilia est retenue dans le plan national « 1 jeune, 1 mentor » pour accompagner individuellement 100 détenus de moins de 30 ans dans leurs démarches de réinsertion.
2026 — Le centenaire : une nouvelle chance pour les cent prochaines années
Un siècle s'est écoulé depuis que trois jeunes femmes, à Berck-sur-Mer, ont décidé de procurer des cours, des livres et de la chaleur humaine à des malades immobilisés que la société tendait à oublier. Cent ans d’engagement de la part de plusieurs dizaines de milliers de bénévoles au fil du temps - et, aujourd’hui, d’une soixantaine de salariés- qui leur ont emboîté le pas. Cent ans d'innovation sociale, d'humanité obstinée au service des personnes les plus fragiles, les plus démunies et les plus isolées.
Le bilan de ce siècle est vertigineux : des milliers de malades ou personnes souffrant de handicap accompagnés dans leur réinsertion, des milliers de personnes détenues soutenues dans leur désir d'apprendre et de se reconstruire. Ce sont aussi des femmes ou des familles en grande difficulté hébergées et épaulées pour accéder à l'autonomie.
Les chiffres d'aujourd'hui soulignent la vitalité d'une association centenaire qui n'a rien perdu de son âme. Chaque jour, ce sont quelque 3000 personnes qui, dans l’une ou l’autre des trois structures, trouvent à Auxilia un soutien, un regard, une parole à même de leur permettre de restaurer leur image de soi et de voir leur dignité reconnue. Un humanisme défendant sans relâche l’idée que toute personne, quelle que soit sa situation, mérite une main tendue, la reconnaissance de sa capacité à se relever et à grandir. A exister pleinement au sein de la société !
Marguerite Rivard n'avait pas 30 ans quand elle a eu cette intuition fondatrice. Elle n'a pas vécu assez longtemps pour voir ce qu’elle allait produire. Ce qu'elle a planté en 1926 a grandi, résisté aux guerres et aux crises, traversé les décennies sans jamais perdre sa sève. Cent ans plus tard, Auxilia continue, fidèle à sa devise et à ses valeurs fondatrices, à « venir en aide » — simplement, concrètement, résolument.
« Auxilia, une nouvelle chance ». Depuis 1926. Et, souhaitons-le, pour les cent prochaines années !
2026 - Auxilia, une nouvelle chance, fête ses 100 ans d’activités à destination des personnes en très grandes difficultés, qu’il s’agisse de personnes sans-abris, en situation de handicap ou incarcérées.
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